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Coulisses projets 3 min de lecture

Batman Escape : comment j'ai donné vie à 3000 m² de Gotham City

LM

Laurie Mahé Desportes

Quand Dama Dreams m'a contactée pour Batman Escape, j'ai d'abord cru à une erreur. Un espace immersif de 3000 m² sous licence Warner Bros et DC Comics. C'était le projet le plus ambitieux qu'on m'ait jamais proposé.

Et aussi le plus contraignant.

Travailler sous licence Warner Bros

Une licence internationale, ce n'est pas juste un logo sur un contrat. C'est un cahier des charges de plusieurs dizaines de pages. Chaque élément graphique doit être validé. Chaque couleur doit correspondre aux guidelines officielles de la franchise. Le Gotham de Batman a des codes visuels très précis — et Warner Bros vérifie.

C'était ma première expérience sous licence de cette envergure. Aujourd'hui, après avoir aussi travaillé sur Stranger Things avec Netflix (via Platonia Games), je sais que ces contraintes ne brident pas la créativité — elles la canalisent.

L'univers visuel de Gotham

Gotham City, c'est le noir, le vert du Joker, le rouge de Harley Quinn, les néons sales et les rues humides. Mais dans un espace physique de 3000 m², ces ambiances doivent coexister sans se confondre.

J'ai créé des journaux du Gotham Gazette, des avis de recherche du GCPD, des graffitis de gang, des affiches de campagne politique corrompue, des publicités vintage pour des entreprises fictives de Gotham. Chaque zone de l'espace avait sa propre identité visuelle — mais tout appartenait au même monde.

Le défi du grand format

Passer d'un faux journal A3 à un décor mural de 15 mètres de long, c'est un changement d'échelle qui change tout. La résolution, les détails, la lisibilité à distance — chaque paramètre doit être repensé.

Un graffiti qui fonctionne à 30 cm sur écran ne fonctionne pas forcément à 5 mètres sur un mur. J'ai appris à penser en "couches de lecture" : l'impression générale à 10 mètres, les détails à 3 mètres, les Easter eggs à 30 cm.

Les retours playtests

Les premiers playtests ont révélé des ajustements nécessaires. Un panneau de direction pas assez lisible dans la pénombre. Une affiche dont les couleurs se confondaient avec le mur adjacent. Un document dont le texte était trop petit pour être lu dans les conditions de jeu.

Chaque retour = une modification. C'est pour ça que je conçois mes fichiers de manière modulaire. Modifier un élément sur un décor de 3000 m² ne devrait pas impliquer de refaire tout le mur.

Ce que ce projet m'a appris

Batman Escape m'a confirmé une chose : le graphisme immersif, ce n'est pas de l'illustration. C'est de la scénographie visuelle. Chaque prop, chaque affiche, chaque décor est un outil narratif qui sert l'expérience du joueur.

Quand les premiers visiteurs ont parcouru les 3000 m², personne n'a remarqué les props individuellement. Tout le monde a dit : "On se croirait vraiment à Gotham."

C'est exactement le but.

LM

Laurie Mahé Desportes

Graphiste spécialisée escape games et expériences immersives. Fondatrice de Zompa Design depuis 2020.

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